Dominique POIROT, carme déchaux

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Variation contemporaine

 

Parole

L’amour créateur

 

Dieu parle aux hommes par romances,

Afin qu’ils entendent bien leurs chances !

 

1

Jean de la Croix met en récit

Toute l’histoire anticipée ;

Poète il chante l’épopée

Du divin rêve d’un Messie.

2

Le Créateur point ne supporte

La finitude aux univers ;

Par les endos de leurs revers

Chez lui chaque homme réimporte.

3

Son propre Fils, le Père fiance

Pour épousailles en plénitude ;

Passion, désir et solitude

Il vient combler dans son Alliance.

4

Échange étrange et manifeste,

L’Époux, enfant, sa mère épouse :

Aux hommes joie que Dieu jalouse,

En lui souffrance aux temps célestes.

5

Pendant longtemps cherchions coupable,

Nous condamnions le peuple juif ;

Hommes d’Église , ôtez motif !

Aucun humain n’est responsable.

6

Autre est l’amour de Dieu pour tous,

Autre l’histoire et ses meneurs ;

Jésus se donne bon Seigneur,

Dans l’épaisseur le mal repousse.

7

En ce dialogue consommé

Des mots tout simples disent Dieu ;

Terre et ciel clament mélodieux

Les deux amours d’un seul Aimé.

8

Fini le temps de prédiction

Dieu réalise son beau rêve ;

L’incarnation le monde élève

Pour partager la dilection.

 

Dieu parle aux hommes par romances,

Afin qu’ils entendent bien leurs chances!

 

Exil

La confiance en Christ

 

La vie est un exil

Et l’amour son asile !

 

1

Ineffable sujet

Pour l’enfant né de l’homme ;

Sentiment de rejet

Sans que rien ne le nomme.

Solitude et tristesse,

De l’exil prophétesses !

2

Nasci... naître à la vie,

Laborare... peiner,

Mori... mort asservie...

Me devaient enchaîner.

Trois premiers mots latins

Lus enfant aux matins !

Cette inscription en forme de devise se trouve sur le tombeau de Hugues des Hazards, évêque et comte de Toul, né à Blénod-lès-Toul en 1454 et décédé en 1517. Ce tombeau d'une grande valeur artistique est dans le chœur de l’église de Blénod où j’ai passé mon enfance.

3

Bon Père Hugues des Hazards

Porte nom en message ;

Promoteur des beaux-arts,

De Blénod ce fils sage.

Ah, sentence stoïque

Du tombeau magnifique !

4

Sur l’appui d’autrefois

J’ai appris l’art de vivre ;

Du hasard à la foi

D’être seul il délivre.

Cet évêque et comte

De Toul n’ouït nul conte !

5

De l’enfance prison

Je sortis à l’insu ;

Pour mon Dieu, ma maison,

Mes parents l'ont conçu.

Né pour être à jamais,

Mon désir n’en put mais !

6

Dans les jeux de l’Église

Jusque là je brillais ;

Ayant fait ma valise

Éprouvé je mutais.

Quarante ans fut tournant

Au milieu de mes ans !

7

Où donc gît ma patrie,

Mes amis et amies ?

Christ qui marche en fratrie

Dit ma joie en famille.

Mes ancêtres migrants

N’ont noblesse de grands !

8

Destinée non déçue

Quand Dieu fait adoption ;

L’exil geint son issue,

Fin du temps tentation.

L’exil n’est qu’épisode,

S’il se change en exode !

9

Au-delà des tourments

Dort la paix de l’enfance ;

Elle vient seulement

Par pardon des offenses.

Un bonheur qui s’émousse

Force éveil en nous tous !

10

En recherche d’obvie

Chacun joue sa partie ;

De la mort pour la vie

Tout exode est sortie.

Notre moi n’est détruit

Si l’amour le construit !

 

La vie n’est qu’un exil

Dont l’amour fait l’asile !

 

D.P.

 

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