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Dominique
POIROT, carme déchaux |
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Sans arrimage
Voici
le chant des trois vertus théologales : la foi, l’espérance et la charité.
En trois strophes, la métaphore du bateau amarré se libère pour voguer en
pleine mer… L’enseignement pratique des vertus théologale est au centre de son
message et de tous ses Écrits. Jean utilise souvent l’oxymoron, des termes ou des idées
contraires, pour signifier l’indicible de l’expérience spirituelle. É. Littré
indique Arrimage :
arrangement de cargaison d’un vaisseau ; Arrimé : cargaison bien arrimée ; Arrimer : arranger la charge d’un vaisseau ; Arrimeur : officier de port de mer.
Le
poème est construit à partir d’une
létrille de trois vers. Chacun est repris successivement à la fin des trois
strophes de neuf vers. Jean de la croix a composé ce poème-message à Grenade,
dans les années 1585-1586. Traduction nouvelle, en la fin l’an 2000.
Sans
arrimage et arrimé,
Sans
lumière, à l’obscur vivant,
En
entier me vais consumant.
I

Mon âme va désamarrée
De toutes les choses créées
Et au-dessus d’elles élevée,
Et sa vie s’en voit savourée
Avec son seul Dieu arrimée ;
C’est pourquoi elle se dira
La chose la plus estimée :
Que mon âme se voit déjà
Sans arrimage et arrimée.
II

Et si les ténèbres, j’endure
Au cours de cette vie mortelle,
Il n’est mal qui soit chose telle,
Aucune clarté ne m'assure :
Je possède la vie du ciel ;
Car l’amour d’une telle vie
Qui va toujours plus s’aveuglant,
Maintient l’âme tout asservie,
Sans lumière, à l’obscur vivant.
III

L’amour opère un tel ouvrage
Alors qu'ici je le reçois,
Que, si bien ou mal sont en moi,
Il met sa saveur en partage
Et va transformant l’âme en soi ;
Ainsi, dans sa flamme suave,
En moi-même je le ressens,
Vite et sans que rien ne l’entrave
En entier me vais consumant.
et
traduction littérale