Dominique POIROT, carme déchaux

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Le petit pâtre

 

AUTRES CHANTS " A lo divino "

Du Christ et de l’âme

 

Écrit à Grenade, dans la maturité de sa vie religieuse et sacerdotale, alors que sa vie est toute donnée dans l'Eglise : prieur, guide spirituel, écrivain... ce poème a lo divino traduit l'âme apostolique de Jean de la Croix. L'image du berger, jeune, amoureux de sa bergère, est biblique, mais elle est aussi actualisée par les images de la vie pastorale et de l'amour courtois. La bergère, c'est l'humanité indifférente ; peut-être l'Église infidèle ? Chacun de nous. Le Christ trouve normal de souffrir par amour. Mais l'insupportable de sa douleur est l'indifférence de sa bergère. Il donne sa vie pour elle, en montant sur l'arbre de la croix. Ce poème de la Croix - du Christ et de l’âme - s'inscrit bien dans la continuité des Romances, composés, eux, dans le cachot de Tolède, et tournés vers le mystère de Noël. Ce poème est composé de vingt vers de onze pieds ; profane et jamais mièvre de Garcilaso de la Vega, qui pratique l’hendécasyllabe de la métrique de son ami italien Juan Boscán, d’une musicalité exceptionnelle. En la fête du Corps et du Sang du Christ, le Dimanche 25 juin 2000.

 

 

 

I

Un jeune pâtre seul est dans la tristesse,

Étranger au plaisir et à la liesse,

Et sa bergère uniquement l’intéresse,

Et sa poitrine est déchirée de tendresse.

 

II

Il ne pleure pas de l’amour qui l’oppresse

Car sa peine n’est pas en ce qui l’empresse,

- Bien que ce soit lui-même que son cœur blesse - ;

Mais il pleure qu’elle se désintéresse.

 

III

À la pensée qu’elle se désintéresse,

Sa belle bergère, c’est de grande peine

Qu’il se laisse meurtrir en terre lointaine,

La poitrine toute brisée de tendresse.

 

IV

Et le jeune pâtre dit : ah, ma détresse

Pour celle où mon amour n’a trouvé qu’absence,

Et qui ne cherche à jouir de ma présence

Et de ma poitrine brisée de tendresse !

 

V

Et longtemps après, il monta par prouesse

Sur un arbre : il y ouvrit ses beaux bras

Et mort, suspendu par eux, il demeura :

La poitrine très brisée par la tendresse.

 

 

 

 Un pastorcíco solo estapenado

et traduction littérale

 

Variation contemporaine

 

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