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Dominique
POIROT, carme déchaux |
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La nuit heureuse
Chants
de l’âme qui se réjouit d’être parvenue au plus haut état de la perfection, qui
est l’union avec Dieu par le chemin de la négation spirituelle.
Ce poème
de huit strophes de cinq vers composé selon le modèle de Garcilaso suggère
toute l’aventure spirituelle, de son entrée à son apogée. Une femme,
c'est-à-dire l’âme, s’évade durant la nuit de sa maison, elle-même, à la
recherche de son bien-aimé. Crépuscule, minuit et aurore apparaissent comme des
étapes de la progression, mais la lumière et l’union se vivent dans la minuit,
comme à l'insu. Dans les quatre premières strophes, les métaphores de la nuit
obscure rappellent l’aventure de l’Exode et les nuits des épousailles du fils
de Tobie, et les strophes finales sont principalement une reprise du Cantique
des cantiques.
Pâques 2000

I
Durant
une nuit obscure,
Des
feux d’un désir amoureux avivée,
Ô
merveilleuse aventure !
Hors,
je me suis esquivée ;
En ma
maison la paix était arrivée.
II
Dans
les ténèbres, et très sûre,
Déguisée,
la secrète échelle bravée,
Ô
merveilleuse aventure !
Dans
les ténèbres et lovée ;
En ma
maison la paix était arrivée.
III
Durant
cette nuit heureuse,
Dans
un tel secret que nul ne me voyait,
De
toute chose oublieuse,
Un
simple rai m’aiguillait ;
Sa
lumière chaude en mon cœur chatoyait.
IV
Et sa
clarté me guidait
Plus
sûre que celle d’une mi-journée,
À
l’endroit où m’attendait
L’élu
de ma destinée ;
En ce
lieu caché, de tous abandonnée.
V
Ô
nuit qui sus me guider !
Ô
nuit, plus aimable qu’un jour au lever !
Ô
nuit qui sus nous brider,
L’amant m’ayant pu trouver ;
Aimée en l’amour, l’aimé put m’enlever !
VI
Entre
mes seins tout fleuris
Lesquels
pour lui seul en entier se gardaient,
Il
s’endormit là, chéri ;
Mes
caresses il validait
Et
l’éventail des cèdres le déridait.
VII
Quand
l’air soufflait aux bretèches,
Dénouant
ses cheveux j’écartais ses mèches ;
À la
nuit, de ses mains fraîches,
Il
m’ouvrait au cou la brèche,
Et
mes sens tout épris n’étaient plus revêches.
VIII
Terrassée
et subjuguée,
Le
visage sur l’aimé je reposai,
Tout
cessa, j’étais au gué ;
Nul
souci je ne pesai,
Oublié,
parmi les lis je me grisai.
Tolède
et
traduction littérale