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Dominique POIROT, carme déchaux |
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La fontaine
Chant de l’âme qui se réjouit de connaître Dieu par la foi
C’est encore dans le cachot de Tolède que Jean de la Croix
compose ce chant de l'âme, vraisemblablement au temps des fêtes de la Trinité
et du Corps du Christ auxquels il fait allusion. Ce poème selon le modèle de
Garcilaso, précédé d’une antienne, est très suggestif dans sa forme. Les thèmes
de la nuit et de l’eau sous-tendent le texte. Ne sachant pas où il est,
Jean entend le bruit du fleuve, le Tage, non loin duquel se trouve le couvent
où il est emprisonné. L’expérience contemplative de l’être de Dieu, Père, Fils
et Esprit se vit dans l’eucharistie dont il est privé... Les deux dernières
photos sont de Tolède.
Traduction en la fête du corps et du sang du Christ, le 6
juin 1999.
Je sais bien la fontaine qui coule et bruit,
Encor que ce soit de nuit !
I
Cette éternelle fontaine est en cachette,
Je sais bien où elle demeure secrète,
Encor que ce soit de nuit.
II
(En cette nuit obscure d’une vie sèche,
Je sais bien par la foi la fontaine fraîche,
Encor que ce soit de nuit.)
III
Je n'en sais l'origine, elle n’en a point,
Mais sais que d’elle toute origine vient,
Encor que ce soit de nuit.
Tolède
IV
Je sais qu’il ne peut être chose aussi belle,
Et que les cieux et la terre boivent en elle,
Encor que ce soit de nuit.
V
Je sais bien qu’en elle on ne peut trouver pied,
Et que nul ne peut la traverser à gué,
Encor que ce soit de nuit.
VI
Sa pleine clarté n’est jamais obscurcie,
Et je sais d'elle la lumière jaillie,
Encor que ce soit de nuit.
VII
Je sais que ses courants sont si abondants,
Qu’enfers, cieux, et les peuples, ils vont irriguants,
Encor que ce soit de nuit.
VIII
Le courant qui s’en vient de cette fontaine,
Je sais bien qu’aussi tout-puissant il entraîne,
Encor que ce soit de nuit.
IX
Le courant qui de ces deux premiers procède,
Je sais que nul de ces deux ne le précède,
Encor que ce soit de nuit.
X
(Je sais que ces trois en une seule eau vive
Résident, et l’un de l’autre toujours dérivent,
Encor que ce soit de nuit.)
XI
Cette éternelle fontaine est en cachette
Dans ce pain vivant qui vie pour nous sécrète,
Encor que ce soit de nuit.
XII
Là, en lui, elle appelle les créatures
Qui de cette eau s’abreuvent, encor qu’à l’obscur,
Parce que c’est bien la nuit.
XIII
Cette fontaine vive, que je désire
Dans ce pain de vie, elle-même j’admire,
Encor que ce soit de nuit.
Tolède
et
traduction littérale