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Dominique
POIROT, carme déchaux |
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Une sphère nouvelle
Après
une extase de très haute contemplation
Il est permis de penser que Jean de la Croix aura composé ces
couplets qui commentent la létrille de trois vers, lorsqu'il vivait proche de
Thérèse de Jésus, au grand couvent de l'Incarnation à Avila, entre 1572 et
1577. Les hagiographies nous rapportent les extases de Jean et de Thérèse, lors
de leurs échanges spirituels sur Dieu, au parloir du monastère.
Dans ces huit strophes, la glose chante et explique la nouveauté de
l'expérience de Dieu, dans l'extase contemplative. Aucune science antérieure ou
concomitante ne peut expliquer cette entrée dans cette sphère nouvelle, un
univers inouï. L'enivrement de tout l'être, sensible et spirituel, par de-là toute
analyse, est un don de Dieu. La finale des couplets est répétitive.
Traduction nouvelle, pour l’entrée en 2001.
J’entrai
sans savoir où j'étais,
Et
je restai dans l’ignorance,
En
y transcendant toute science.

I
Ah !
je ne savais où j’entrais,
Mais
quand, en ce lieu, je me vis
Sans
savoir où je me trouvais,
De
grandes choses, je compris ;
Rien
à dire d’un ressenti,
Car
je restai en ignorance,
En
y transcendant toute science.
II
Avec
paix et béatitude
Arrivait
la science parfaite,
Au
profond de la solitude,
Entendue
d’une voie directe ;
Elle
était chose si secrète
Où je
balbutiai d’impotence,
En
y transcendant toute science.
III
Étant
tellement enivré,
Tant
absorbé et transporté,
Qu’en
tous mes sens, je demeurai
De
tout sentir déshérité ;
Tandis
que l’esprit fut doté
D’un
entendement sans audience,
En
y transcendant toute science.
IV
Ainsi
élevé pour de vrai,
Il
est lui-même défaillant ;
Tout
ce qu’autrefois il savait,
Semble
du plus bas maintenant ;
Et sa
science s’accroît d’autant,
Qu’il
demeure dans l’ignorance,
En
y transcendant toute science.
V
Montée
aussi aventureuse !
À
peine alors il comprenait
Ce
qu’est la nuée ténébreuse
Qui
durant la nuit l’éclairait ;
Aussi
celui qui le savait
Reste
toujours dans l’ignorance,
En
y transcendant toute science.
VI
Et ce
savoir ne se sachant
Possède
en lui un tel pouvoir,
Que
les arguments des savants
Le
vaincre ne peut entrevoir ;
Il ne
parvient pas leur savoir
À ne pas
entendre en audience,
En
y transcendant toute science.
VII
Et de
telle haute excellence
Est
ce suréminent savoir,
Qu’il
n’est ni faculté, ni science,
Apte
à le pouvoir concevoir ;
Qui
osera s’en dépourvoir,
Par
un non savoir de sapience,
Ira
toujours en transcendance.
VIII
Et si
vous le désirez ouïr,
Cette
suréminente science
Advient
en un soudain sentir
De
Dieu par sa divine essence ;
Et
c’est l’œuvre de sa clémence :
Habiter
ainsi sans audience
En
y transcendant toute science.

et
traduction littérale