L’accompagnement spirituel
chez Thérèse de Jésus et Jean de la Croix

Thérèse de Jésus
(1515 – 1582) et Jean de la Croix (1542 – 1591) font grande place dans leur vie
et dans leurs écrits à ce que l’on appelle aujourd’hui l’accompagnement
spirituel (Directeurs, maîtres, guides, pères spirituels ;
confesseurs ; spirituels, disciples, commençants… ; discernements…). Thérèse en parle dans le rôle d’accompagné, encore
qu’elle sache " enseigner " ; elle est Docteur de
l’Église depuis 1970. Jean en parle avec sa pratique d’accompagnateur ; il
est Docteur de l’Église depuis 1926. L’accompagnement spirituel, aujourd’hui
comme toujours dans la vie ecclésiale, consiste à se faire aider pour
rechercher la volonté de Dieu dans sa vie et " vérifier "
l’expérience spirituelle de sa vie d’oraison.
Pour Thérèse
de Jésus : " Il est important que le directeur soit éclairé, écrit-elle dans Le livre de sa vie 13, 16 : j’entends, qu’il ait un jugement droit et de
l’expérience. Si avec cela il possède la science, c’est parfait. Mais si l’on
ne peut en trouver un qui réunisse ces trois avantages, mieux vaut qu’il
possède les deux premiers, parce qu’on peut, en cas de besoin, consulter des
hommes de doctrine. À mon avis, ces derniers, s’ils ne sont pas adonnés à
l’oraison, seront peu utiles à des commençants ; cependant je suis loin de
déconseiller les rapports avec eux… Une fois appuyés sur les vérités de la
sainte Écriture, nous sommes sûrs de marcher droit. Quant aux dévotions
niaises, Dieu nous en délivre ! " Thérèse rappelle par sa vie et ses écrits que l’on
doit se soumettre à son directeur spirituel et être sincère envers lui. La
Volonté de Dieu finit toujours par s’imposer, mais elle passe toujours par
cette médiation. Thérèse a eu de nombreux guides spirituels, non pas par
fantaisie, mais dans une quête de vérité.
Pour Jean de
la Croix, le rôle du guide spirituel
est en effet d’accompagner le disciple dans le chemin spirituel jusqu’à l’Union
à Dieu par amour… Si Dieu le veut ainsi pour l’âme. Le disciple doit "
s'ouvrir à son maître spirituel clairement, intégralement, simplement, en toute
sincérité " La
Montée du Carmel, livre 2, chapitre 22, § 16. Le guide spirituel est donc nécessaire au chrétien dès l’entrée dans
le chemin spirituel : au " commençant ", pour l’aider
à méditer et à choisir le chemin de la vertu, mais surtout au
" progressant " pour l’encourager par l’enseignement de la
foi pure et nue jusqu’au seuil de la
contemplation. Là, le Directeur spirituel doit savoir s’effacer devant l’Esprit
Saint. Jean de la Croix fait surtout le constat des mauvais guides dans
l’Église. Parlant du guide comme du premier des aveugles, il réclame de lui ces
qualités : " Il
faut qu’il soit instruit, prudent et expérimenté, écrit-il dans le commentaire de La vive
Flamme d’amour VFB 3, 30… Quand il
s’agit de guider l’esprit, le savoir et la prudence sont des qualités
fondamentales ; mais si l’expérience des voies très élevées fait défaut,
le guide ne saura pas conduire l’âme que Dieu y fait entrer, il pourra même lui
nuire extrêmement. "
Le chapitre 22 du
livre 2 de La Montée du Carmel
apporte un enseignement particulièrement nécessaire à notre époque où tant de
personnes fuient le réalisme de l'Incarnation et demeurent en quête de
manifestations surnaturelles ; le récit de la Transfiguration est le cœur de ce
texte. Jean y écrit : " À présent que la foi est fondée dans le Christ, que la Loi
Evangélique a été promulguée, que nous sommes dans l’ère de grâce, il n’y a
plus lieu d’interroger Dieu… En nous donnant son Fils comme il l’a fait, son
Fils qui est son unique Parole – car il n’en a pas d’autre – Dieu nous a tout
dit en une fois par cette seule Parole, et il n’a plus rien à dire… "
§3 Et plus loin : " Dieu
aime extrêmement que les hommes soient dirigés et gouvernés par d’autres
hommes, semblables à eux, et qu’ils se conduisent par la raison
naturelle. " § 9 Et encore : " D'ordinaire, quelque bonté que
Dieu témoigne à l'âme, il ne fait pas et ne dit pas par lui-même ce qui est du
ressort des aptitudes humaines et du conseil humain. " § 13 Cette
longue réflexion sur les rapports de la foi et de la raison, ainsi que le
rappel des exigences propres à la raison humaine s'adresse à chacun et à toute
la vie de l'Église, surtout aux élus et amis de Dieu.
Pour plus
d’indications, on peut consulter les tables des Œuvres complètes de Thérèse
d‘Avila et de Jean de la Croix, publiées au Cerf.
Le ministère de l'accompagnement spirituel
Digression dans La vive Flamme d'Amour